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» Le poker est-il une science ou un jeu de hasard ?

Il y a quelques années, des scientifiques ont développé un programme informatique permettant de battre n’importe quel joueur humain au poker. Cette annonce a relancé l’éternel débat qui fait rage au sein des amateurs de ce jeu de carte, à savoir de déterminer s’il s’agit d’une science (impliquant donc des compétences, notamment mathématiques) ou d’un simple jeu de hasard. 

Le poker est-il une science ?

Le poker : un jeu de hasard ou d’adresse ?

Depuis le début des années 2000, le poker est devenu un jeu très populaire, notamment grâce à la rediffusion des tournois organisés dans le monde entier, et l’apparition des premières plateformes permettant d’affronter d’autres joueurs en ligne. Cette popularité a également impliqué de se poser les bonnes questions, notamment sur un plan juridique. Afin de légiférer sur la légalité ou non de ces sites de poker, et de leurs opérateurs, il était important de pouvoir déterminer si, oui ou non, le poker devait être classé comme un jeu de hasard ou un jeu d’adresse (et donc une forme de science). 

Ce n’est pas une question nouvelle, car ce débat autour du poker (et d’autres jeux de cartes, d’ailleurs) dure depuis de nombreuses années (et certainement depuis aussi longtemps que le jeu existe). Mais c’est une question d’autant plus intéressante que les jeux de hasard sont illégaux dans de nombreux pays, ou très strictement réglementés. C’est moins le cas des jeux d’adresse, pour lesquels les règles sont assouplies. 

En 2012, une étude du Journal of Gambling Studies affirmait ainsi que le poker était loin d’être autant fondé sur l’adresse que de nombreux joueurs aiment tant le prétendre. Dans cette étude, plus de 300 participants ont été divisés en groupes selon leur niveau d’expertise et leur intérêt pour le jeu de cartes. Ils ont ensuite joué 60 mains de Texas Hold’Em, ces dernières étant déterminées par les chercheurs pour que certaines soient bonnes, mauvaises, ou neutres. 

Ces derniers ont découvert qu’il n’y avait en réalité que peu de différences entre les gains de chacun des joueurs, qu’ils soient experts ou non en poker. Ils en ont donc conclu que le niveau de compétence n’avait que peu d’effet sur le résultat final d’une partie, et que c’était donc le facteur chance qui importait le plus.   

L’importance du facteur humain

Cette étude a cependant été énormément critiquée, notamment parce qu’elle ne serait pas assez rigoureuse sur le plan méthodologique. En effet, que le poker soit une science ou non, il ne faut pas négliger un facteur important, qui s’est pourtant trouvé dans l’angle mort des chercheurs de cette étude : le facteur humain. Pour gagner une partie de poker, il est en effet crucial d’arriver à “lire” dans le jeu de ses adversaires. Sont-ils plutôt sur la défensive ou ont-ils une stratégie offensive ? Quel est le montant de leur pari, etc. 

Un autre problème que l’on peut noter dans cette étude est que, pour les amateurs de poker, cette pratique se pense rarement sur le court terme. Lorsqu’un joueur s’assoit à une table de poker, ou qu’il se connecte à un site de poker en ligne (dans le but de gagner de l’argent), il se projette bien plus loin que sur les 60 prochaines mains. Certains joueurs déclarent jouer entre 200 et 10 000 mains par jour. En d’autres termes, pour gagner au poker, il faut savoir se montrer patient (en tout cas si vous êtes un joueur humain, et non un ordinateur). 

Le poker, l’intelligence artificielle, et la science….

Mais revenons-en à notre algorithme informatique. Ce dernier, appelé  minimisation contrefactuelle des regrets, ou CFR pour son acronyme anglais, a été développé pour parvenir à jouer et gagner une variante de poker appelée heads up limit Texas Hold’Em. Les chercheurs qui l’ont créé ont affirmé que leur programme, même s’il ne gagne pas forcément toutes les mains jouées, se comportera comme un joueur presque parfait et sera donc, sur le long terme, imbattable. 

Pour obtenir de tels résultats, ce dernier a joué plus d’un milliard de milliards de mains sur une période de deux mois, et a donc à sa disposition une impressionnante base de données de 11 téraoctets de toutes les combinaisons possibles de mains de poker, de jeux et de résultats.

Bien que certains amateurs et néophytes ne soient pas encore complètement convaincus du fait que ce programme soit imbattable, sa simple existence montre bien que, pour gagner au poker, tout ne se joue pas uniquement sur la chance. Cela ne veut pas pour autant dire que le hasard ne joue pas un rôle, mais que des compétences clés sont aussi indispensables pour augmenter ses chances de remporter une partie. Et bien que cette découverte soit saluée comme une étape importante pour l’intelligence artificielle, elle réouvre (et clôt ?) le vieux débat sur la nature du poker. Débat que l’on peut conclure par : l’adresse est un facteur majeur, ayant besoin d’une petite dose de chance !

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